dimanche 28 mars 2010

Une fièvre de cheval


Permettez une petite parenthèse personnelle. Rien du tout, juste quelques photos. Des images gorgées d'eau et de chlorophylle, par une belle journée bien moche du mois de mars en Bourgogne occidentale.

S'il avait fait soleil, j'aurais sans doute passé une partie de la journée dehors. Mais il a plu, alors j'ai passé la journée devant mon piano, et face à l'écran de mon ordinateur, pour travailler sur les textes d'une série de nouvelles chansons. Aujourd'hui, le petit cheval qui me trotte dans la tête était en grande forme, il avait envie de galoper sous l'eau fraiche.



Alors voilà : nous (49 Swimming Pools) avons désormais 13 nouvelles chansons prêtes à être enregistrées, et plus de 10 ont maintenant des textes quasi-achevés.



Merci la pluie, merci les chevaux pour l'inspiration et la beauté absolue (je précise, ce ne sont pas les miens, mais les deux canassons magnifiquement têtus d'un couple d'amis vivant en Puisaye), et merci aussi à cette drôle de fièvre qui parfois, les jours d'averse, fait tourner la tête des amoureux de la langue anglaise.





















And now, back to Paris, and the not-so-green life... See you later !

PS : vous venez courageusement d'arriver au bout d'un blog dramatiquement écolo-romantico-lyrique ; j'ai honte, ça sent la paille humide et le "Harvest" de Neil Young gondolé par le temps. Je vous promets de ne plus recommencer avant au moins... longtemps.

Le (très) bon petit disque du dimanche

J’avais prévu de vous parler des premiers morceaux d’un formidable (relativement) nouveau groupe de Brooklyn (non, Loïc, ce n’est pas The Drums, que j’aime plutôt bien aussi, d’ailleurs), mais en fait, non, je préfère inaugurer une possible rubrique hebdomadaire, Le (très) bon petit disque du dimanche.

Vous savez comment c’est… Souvent, on s’apprête à piocher dans sa discothèque, le nez au vent, tout disposé à se sentir « appelé » par un disque ou un autre. Et le plus souvent, ben non, c’est râté : on en revient toujours aux mêmes quelques disques éternels, rassurants, caressants, connus par coeur, jamais décevants (dans mon cas : Catpower, Wilco, Sufjan Stevens, Sparklehorse, Neil Young, Leonard Cohen…)

Sauf que non.

Pas ce matin.

PAS LE DIMANCHE.

Le dimanche, you need to try harder. You need to find the right CD for that precise moment. Et profiter de ce moment de calme pour réviser ses classiques.

Aujourd’hui, donc, ce sera donc MONTAGE.

Parce qu’il pleut dehors. Parce que la semaine a été longue et bien remplie, et qu'après toute cette agitation, de belles mélodies célestes déclamées en mode vintage sont tout ce que réclame votre cerveau dominical.

MONTAGE, aussi, parce que mes enfants deviennent de plus en plus raides-dingues des Beatles, et que j’ai envie de leur faire découvrir les autres habitants du Beatles-Land - soient-ils américains.

L'unique album de MONTAGE, au titre drôlement original de... Montage, date de 1969.

Il a été enregistré au cours de l'année 68, à New York, aux studios Allegro Sound.

L'inventeur du projet a ceci d'original qu'il n'appartint jamais vraiment au groupe. Ancien membre des merveilleux Left Banke (un peu plus connus, quand même, que MONTAGE, et pas seulement des fans des Beatles et des Byrds), Michael Brown écrivit toute les chansons, puis signa les arrangements et joua toutes les parties de clavier en studio, tout en s'imposant derrière la table de mixage, ne laissant à personne d'autre le soin de produire la chose.

Puis ce petit plaisir de saison lui passa et il partit faire autre chose (mais quoi, d'ailleurs ? ah oui, il fonda Stories, un projet plus "power-pop", dirait-on aujourd'hui - et pour tout dire, moins bon).

Sur les chansons de cet unique album souvent invraisemblable (imaginez un Divine Comedy sous acide), le chanteur Vance Chapman va parfois chercher des notes impossibles. Sur She's alone (on peut écouter des extraits de l'album ici), c'est plutôt réussi, et on se dit que Michel Legrand a sans doute apprécié l'exercice mélodique - tellement plus baroque que rock.

Par contre, sur cette autre chanson, Men are building sand, c'est franchement osé... voire... euh... un peu dissonant, non ?

Mais peu importe au fond : ces chansons sont incroyablement rafraichissantes, culottées mélodiquement, et au final impossibles à s'ôter de la tête une fois qu'on les a entendues. Les amis Moonjellies, tourangeaux héritiers de cette pop euphorisante (dont je vous invite à visiter la page mySpace), savent évidemment de quoi je parle.

Mais au fait, vous ai-je montré la pochette de "Montage", de MONTAGE ?












Etonnant, non, pour l'époque (1969), ces quelques traits blancs, géométriques, et cette typographie en couleur, ces grosses lettres en italique, modernes, épaisses, très affirmatives ?

En regardant cette pochette ce matin, quelque chose m'a frappé. Ou plutôt, une autre pochette m'est revenue à l'esprit : celle du jeune groupe français FORTUNE, avec lequel nous venons justement de jouer, il y a deux soirs (soirée Custom).

Là aussi, des traits, des couleurs, et une typo en lettres capitales. Portant le nom d'un groupe en un seul mot, en 7 lettres (dont trois lettres communes aux deux formations).

Quarante années ont passées, mais le propos graphique semble relever du même principe. En dire aussi peu que possible. Laisser toute place à la musique. N'être qu'une subtile enveloppe.

Mais alors... c'est ensuite que tout change.

Quand MONTAGE se met à jouer, tout un monde se met en route. Les harmonies s'envolent dans tous les tous sens, et des petits lapins surgissent des guitares en bois clair. MONTAGE, c'est le New York pastoral des 60's finissantes, les cheveux longs, les premières redescentes de LSD mal négociées...

Alors que FORTUNE (tel que je l'ai compris en tout cas), c'est une forme d'éloge du néant, ou alors du pas grand chose. Une rythmique métronomique, toujours la même, et quelques mots d'anglais basique assénés robotiquement. Ayant adoré (vénéré) New Order (groupe faussement vide), j'avais espéré apprécier la vacuité assumée de FORTUNE...

Mais c'est MONTAGE que j'ai écouté ce dimanche.

Trois fois de suite. Et bientôt quatre.


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