dimanche 25 avril 2010

Midlake est grand ! Mais... une fois grand... ou deux fois grand ?


C’est l’éternelle question, ou plutôt l’éternelle série d’éternelles questions. Les grands groupes de studio font-ils toujours de grands groupe de scène ? Et si non, pourquoi… ? Et si non, faut-il leur en tenir rigueur ? Voire même… leur écrire une lettre pour leur dire qu’on a été déçu par leur concert ? Je plaisante.

Je plaisante mais n’empêche : la problématique grand groupe-de-scène-versus-grand-groupe-de-studio revient régulièrement hanter les fans de rock (et autres genres assimilés). Moi, cette fichue question m’a même un peu gâché ma soirée de mardi dernier, heure tant attendue du concert parisien printannier de Midlake, au Bataclan.

Je m’étais fait une joie. Et du reste, tout ça resta assez joyeux. J’ai même réussi à me glisser dans les tous premiers rangs, sur la droite, sous la chemise à carreau et la barbe aimable d'Eric Pulido. Une joie... mais un peu teintée de déception maintenant que j'y repense.

Je précise : je considère qu’il n’y a plus trop à débattre sur la question de savoir si Midlake s’est affirmé, avec ses deux derniers albums, comme l’un des (rares ) membres du club mondial des grands groupes de studio. Pour moi, c’est oui. C’est même OUI OUI, YES, DA, SI, YA, et plutôt TEN times than one.

Même si, me semble-t-il, The Trials of Van Occupanther reste un cran au dessus du tout frais Courage of Others, ces deux disques assez jumeaux font montre d’un talent d’écriture et d’enregistrement proprement éblouissants. Ah, ces chœurs, ces doublages de voix, ce choix des matières, des grains, des couleurs…

Mais alors, et sur scène ? Je n’avais plus vu Midlake depuis des années, et j’espérais que l’exercice transcanderait la compagnie texane. Qu’avec le temps, ces hommes-là auraient gagné en éloquence ce qu’ils auraient perdu en rigidité, en trac peut-être. Et bien non.

Je précise, bis : le concert de mardi soir fut très souvent, pour les oreilles, un parfait enchantement. Et si Midlake ne joue jamais la carte de la prestance affirmée, se refuse à tout commencement d’effort sur la mise en scène, le groupe impressionne toutefois très fortement au niveau de la concentration qu’il dégage (rappelons-nous que ces garçons se sont connus en faculté de musique). L’application à reproduire au plus juste les arrangements baroques des chansons, l’absolu désir, notamment, de faire renaître en direct les mariages lumineux des deux voix, celle de Tim Smith et de Eric Pulido, est quelque chose d’assez splendide à voir… surtout si on est dans les premiers rangs. Pour moi qui connaît intimement tous les virages, toutes les contre-allées de ces chansons exemplaires que sont Roscoe (évidemment), Head home, ou Rulers, ruling all things, être le témoin de pareille concentration et application à les jouer en direct, au plus juste, au plus près, fut source d’un sérieux plaisir.














Mais ensuite… ? Ensuite, après une heure de concert, je m’éloignai des premiers rangs, pour aller vers le fond de la salle. Et de là, en retrait, loin des pieds chaussés de cuir de l’admiré Pulido, loin du spectacle de sa remarquable communion avec la musique, le spectacle figé de ces six amis alignés en façade, flûte en bouche, guitares et basses en ligne, micros plantés dans le sol, me sembla soudain moins envoûtant.

L’arrière de la salle, d’ailleurs, n’applaudissait presque plus entre les titres. Le son n’était pas très fort – à peine assez (pour une fois…). Les départs de chant de Tim Smith, à peu près toujours basés sur la même note (l’homme est follement amoureux des quintes, et des mélodies descendantes, de note à note voisine), se ressemblaient de plus en plus, et on se disait, les chansons s’enchaînant dans la même langueur assumée, qu’elles commençaient à former un tout tellement cohérent ressemblant étrangement à une vague d’eau tiède venant délicatement lécher le sable d’une place de Sicile. Très beau, très doux, mais… est-ce que ça fait un grand groupe de scène, ça ?

Sans doute pas. Est-ce important ? Non. Est-ce que ça retire quoique ce soit à l’amour que je porte à ce groupe ? Non, pas davantage.

Mais ça prouve peut-être qu’il ne faut jamais aller à un concert en en attendant trop...


PS : quelques souvenirs de groupes dont il me semble qu’ils étaient meilleurs en live qu’en studio. Le premier qui me vient à l’esprit, tout de suite, c’est James, que j’ai vu au moins 10 fois (surtout à l’époque des deux ou trois premiers albums). Fantastique sur scène, grâce à Tim Booth et à leur premier batteur, mais moins bluffant sur disque (beaucoup plus raide, moins libre, moins poétique). Idem : les Woodentops (même si les « singles » étaient fascinants dans leur version studio) ; Band of Holy Joy (fabuleux Johny Brown en concert !), parfois House of Love. Et aussi Hole (qu’il ne me viendrait pas à l’idée d’écouter sur disque, mais sur scène, les bons soirs, Courtney is/was just a rock goddess)… Et l’inverse ? Façon Midlake, des groupes qui brillent en studio et peinent (ce qui peut se comprendre) à faire aussi fabuleusement bien en « live » ? Là tout de suite, un seul nom me vient à l’esprit : Echo And The Bunnymen… Et vous allez ajouter : et New Order, alors ? Je vous répondrai que New Order, c’est encore autre choses : des tanches sur scène, mais pas non plus des foudres de guerre en studio. Et pourtant, New Order est toujours dans mes 3 groupes préférés de tous les temps. Allez comprendre…