lundi 4 octobre 2010

Retour dans le futur : ze big FLIP of ze modernisme rétro-actif à l'anglaise (vu de France, automne 2010 - 21ème siècle, maintenant, tout de suite).


Shit alors.
Samedi dernier, chez Gibert (boulevard St Michel - Parigi, Francia), je feuillette les pages concerts du mensuel rock anglais Uncut - tout à la fin du magazine, dans le dernier cahier.

J'ai toujours adoré regarder ces pages de publicité pour les concerts en Angleterre. Déjà, quand j'étais accro au NME, je commençais toujours par ces pages-là. Et je rêvais devant tous ces noms, toutes ces salles. Ces petites encarts promo me faisaient me sentir un peu londonien, à distance.

Et là, samedi donc, oh shit alors, et merde in France, je feuillette, et là je sursaute, je vacille, j'en perds mon souffle : sur les 5 ou 6 pages de publicités en petits blocs, mes yeux s'arrêtent (que dis-je ? se FIGENT !) sur au moins 15 noms de groupes des années 80 (ou du début des années 90).

Jugez par vous-même. Et rappelez-vous (oui surtout, RAPPELEZ-VOUS, même en ces temps de nostalgie généralisée, que nous sommes en 2010, vingt-et-unième siècle, année 10, le présent, ici, maintenant, tout de suite).

>>> Donc, roulement de tambour, prochainement à l'affiche en Angleterre ! (et annoncés à peu près sous ces énoncés-là... je translate into français - et je vous mets des jolies couleurs, pour vous faire bien rêver des yeux).

# THE LIGHTNING SEEDS - la tournée des hits !
# ECHO AND THE BUNNYMEN joue, dans l'ordre des disques, les chansons de "Crocodiles" et "Heaven up Here" (avec en sous-titre du concert, "A masterclass in rock'n'roll !" - je vous jure que c'est vrai, je n'invente rien !)
# MARC ALMOND - Célébration de 30 ans de carrière, avec tous ses tubes.
# JAMES - la tournée du retour !
# CAST - 15 ans après, les retrouvailles !
# THE WEDDING PRESENT joue l'album "Bizarro" !
# THE CHARLATANS - tous vos tubes préférés ! Première partie : Shaun Ryder !
# THE POGUES - la tournée d'adieux de Noël !
# SQUEEZE - la tournée des retrouvailles !
# MADNESS - la tournée sans fin, avec Paul Heaton (des Housemartins et Beautiful South) en première partie !
# THE LLOYD COLE and the Small Ensemble, la tournée !

...

Vous êtes toujours là ? Cool.
Welcome back in le-présent-tout-de-suite.
Nous sommes donc en 2010.
Et tous ces groupes sont en tournée.
Hum hum...

J'avais 20 ans quand ces groupes en avaient 25 (ou 30).
So what the fuck ?
Maintenant que j'en ai 43, ils en ont toujours 25 (ou 30) ?
Or what ?
Serait-ce un coup des frères Bogdanoff ?

Mais non of course. Ils ont vieilli, eux aussi !
Ils ont vieilli mais ont décidé de se reformer.
Ils ont la guitare qui les démangent, alors, zou, ils (re)-grattent un petit peu. (They re-scratch a little.)

Bon, évidemment, ce n'est pas moi, born in 1967, qui vais vous dire qu'il faut raccrocher les guitares (les pianos, les accordéons, les batteries) à 35 ans maximum. Je pense même qu'on peut atteindre sa maturité artistique après 40 ans (la preuve, regardez Etienne D., le guitariste rugissant de 49 Swimming Pools, tempes grisonnantes mais jeu de jambes totalement post-adolescent trash-relax détendu des chaussettes).

En fait, dans presque tous les exemples pré-cités, je trouve plutôt chouette que ces musiciens in their 40's and in their 50's remontent sur scène, ou (comme Madness et Squeeze) refusent de la quitter.

Mais c'est l'accumulation qui m'interpelle. Le côté "fond de commerce". La mise en scène "madeleine de Proust", à l'intention d'un public à la mélancolie pot-de-colle. Et à tous les noms ci-dessus, j'aurais pu ajouter... Primal Scream. The Railway Chidren. The Cult. Ocean Colour Scene. St Etienne. Manic Street Preachers. Tous sur scène cet automne. Comme il y a 15 ou 20 ans.

Ô temps, suspends ton vol (mais suspends pas la vente des tickets, surtout...)

Les Anglais raffolent de ces soirées rétro-futuristes. Et ces concerts devraient tous afficher "complet". J'imagine, dans les rues de Leeds et de Sheffield, des dizaines de "Sharon et Robert" (prononcez : "shaa-wroon and rwo-beurt") qui ressortent leur Doc Martens toutes usées planquées dans un placard circa 1995, et qui avalent un fish-and-chips bien grassouillet en vitesse au bistrot du coin avant d'aller revoir le groupe sur lequel ils se sont roulés leur première galloche voilà déjà vingt ans. C'est pas compliqué, Sharon, quand elle a su que les Ned's Atomic Dustbin se reformaient, elle a même ressorti son vieux Lee Cooper délavé avec des trous aux genoux. Sauf qu'elle ne rentre plus dedans depuis Noël 1999...


Leeds, septembre 2010, Sharon et Robert.
- "Chérie, t'as vu que les Ned's Atomic Dustbin revenaient en concert ? On fait garder les marmots et on y va ?" - "Ouais, cool, mais tu voudras bien m'emmener au fish-and-ships, avant ?"


Dans ce dossier spatio-temporel proprement vertigineux, deux tendances se dessinent.

Il y a d'abord, à la manière des vrais vieux (Lou Reed), des faux vieux qui rejouent de glorieux éléments de leur discographie dans l'ordre. Echo and The Bunnymen, ça ne m'a pas surpris, vu qu'ils avaient déjà joué "Ocean rain" (leur vrai chef d'oeuvre) en 2008.

Mais Wedding Present, bon sang, Wedding Present ! Je sais bien qu'il faut remplir les salles, mais je suis quand même étonné que ce bon (faux) vieux David Gedge (ici en vidéo avec "Brassneck", première chanson de l'album concerné) joue aussi à ça, à ce "retour dans le futur" for the fans only (and also for the british pounds, a little...)

Et pour revenir à Echo and the (older) Bunnymen, je trouve quand même gonflé, et un brin suspect, le terme de "masterclass". Ian McCulloch, ce fêtard invétéré limite pochtron-destroy (que j'adore, ceci dit : immense IMMENSE voix, sublime songwriter - voyez plutôt ce bijou acoustique) se la jouant "prof de rock" sur une scène devant un public buvant ses mots instruits, ça me laisse quand même a little bit on the ass...




Et la deuxième tendance ? Ben, le truc genre Cast ou Lightning Seeds. Des "tournées des plus grands tubes" pour des groupes qui ont dû en avoir deux, ou peut-être trois. Là encore, nothing personal : John Power (ex bassiste des La's) comme Ian Broudie sont de très chouettes gars, et je sais bien qu'il faut payer les impôts et les écoles privées de rejetons. Et j'adore "Alright" (de Cast, ici en 1996), et encore plus "Pure", de Broudie (un sommet de simplicité gracieuse au rayon catchy pop). Mais quand même, je sais pas, ça me fait bizarre, tous ces anciens d'avant qui reviennent comme des présents d'aujourd'hui. Mon horloge interne bafouille et mon petit vélo a un peu de mal à rétro-pédaler... La nostalgie, décidément, n'est plus ce qu'elle était.

Vous ne trouvez pas... ?

PS : rassurez-moi... En France, personne n'annonce la reformation d'Indochine, hein ? Z'ont bien splitté il y a au moins dix ans... naaan ??