mardi 27 avril 2010

En vert et contre tout
















Une légende aussi vieille que l'industrie du disque elle-même l'affirme sèchement : choisir, pour son album, une pochette verte, ou à dominante verte, c'est suicidaire. Le bide assuré.

"Le vert, les gens n'aiment pas, les gens n'achètent pas". J'ai toujours entendu dire ça, régulièrement, à la télé, dans des journaux ou ailleurs, par des experts en marketing musical (pour un peu que ça existe)... Pas bien, le vert. Autant sortir une pochette avec la photo d'une vieille femme se grattant les pieds, ou de trois curés pissant contre un mur.

Pourquoi tant de haine contre le vert ? Ça fait partie de ces pré-conceptions pot-de-colle qu'on a toujours un mal fou à combattre. Dans le monde de la presse magazine, on dit qu'il faut forcément avoir un logo rouge (je sais pas si vous pensez à des exemples ?). Et donc, dans la musique, qu'il faut fuir le vert.

Notez au passage que cette religion anti-vert a quand même fait un sacré paquet d'émules dans l'histoire des pochettes de disques, puisque les dits-emballages verdoyants sont presque aussi rares dans nos discothèques hétérogènes que les loups dans les Alpes françaises...
(nota bene : je vais mentionner un peu plus bas dans ce blog quelques fameux contre-exemples, alors ne quittez pas).

Pourquoi je vous parle de ça, là, maintenant ? Parce qu'en fait, avec mes camarades de piscine Etienne et Fabien (les admirables deux autres tiers du merveilleux trio français 49 Swimming Pools), on pense avoir trouvé l'image parfaite pour notre deuxième album - qui paraîtra, d'après l'AFP, Reuters, The Times of Treigny et le Bréhémont Herald Tribune, au tout début de l'année 2011.

Disque que nous commencerons à enregistrer dans quatre semaines. Au vert.

Or, cette image, pour ce deuxième album, est... comment dire... à dominante... verte. Pourtant, moi, dans l'absolu, je ne suis pas trop fan du vert.

Vous comprendrez que je ne puisse pas, comme ça, vous la montrer, cette image. L'espionnage industriel existe aussi dans l'indie-pop-rock-land, et je suspecte depuis des années certains jeunes blancs-becs à guitare en bois et fine moustache de vouloir me piquer mes idées, alors la plus grande discrétion s'impose
(naan, j'déconne - mais n'empêche, peut pas vous montrer la chose, toutefois d'une grande beauté graphique, je vous demande juste de me croire sur parole...)

Enfin bref. C'est ainsi : verte (et un peu noire, aussi), vraisemblablement, sera notre prochaine pochette, après le cheval black-and-white qui s'affiche sur notre si splendide premier disque (auquel vous êtes évidemment tous accrocs).

Vert, oui. Est-ce suicidaire ? Je ne sais pas... En tout cas, pour essayer de conjurer le mauvais sort, hier soir, en m'endormant (eh oui, les pop stars mondiales ont elles aussi besoin de sommeil parfois...), j'ai essayé de me remémorer, comme ça, in bed with myself, quelques pochettes à dominante verte de disques que j'aime bien. Voire bien bien. Voire bien bien vraiment beaucoup.

Voilà qui donne une sorte de Top Spécial Green assez frais d'esprit.

Faites l'exercice, vous verrez, c'est assez amusant... Elles ne sont pas si nombreuses, ces pochettes vertes, mais avec un peu de concentration, elles vous reviendront sans doute à l'esprit.


Et d'abord, étrangement, j'ai pensé à des disques des
Verlaines (et notamment celui-là, Juvenilia), vous savez, ce fameux groupe néo-zélandais(sur le fabuleux label Flying Nun) adoré depuis les mid-80's. Eux, le vert ne leur a jamais fait peur. Peut-être parce que leur île est un torrent de verdure.



Ensuite, j'ai pensé à
Costello. Généralement, les fans hardcore de l'Elvis bis n'aiment pas trop Spike, mais moi, j'adore ce disque. En fait, je le voyais même plus vert que ça... En fait, c'est surtout le titre, qui imprime sa marque, sur fond de tissus écossais joliment raccord.





Troisième pochette à m'être revenue, celle de l'album de
Miracle Legion, Me and Mr Ray, un autre disque adoré, usé jusqu'à la corde. Si vous ne connaissez pas ces Américains bien détendus des boots, vous manquez quelque chose. Ce disque-là aussi date de la fin des années 80, et pour moi, c'est leur meilleur.



Bon, et puis évidemment, il y a
The Queen is dead, des Smiths, avec son Alain Delon tout verdâtre. Preuve absolue que ce bon vieux Moz n'est pas du genre à se laisser impressionner par des pseudo-théories marketingo-graphico-négatives. D'ailleurs, Meat is murder, déjà, clignotait un peu vert... Et que je sache, ça n'a pas trop porté préjudice à nos idoles mancuniennes, hein.

A partir de là, par association d'idées, quoique dans un joyeux désordre, plusieurs autres pochettes me sont apparues. Mon cerveau est devenu tout vert. Une vraie prairie normande un jour de pluie. Weezer (The Green album, carrément !) ; le fameux Pink Floyd avec la vache (on pense d'abord à la vache, bien sûr, mais sous ses papattes, sauf erreur de ma part, verte est l'herbe drue !!!), disque par ailleurs (mal) connu sous le nom de Atom heart mother ; mais aussi, mais encore... Grant Lee Buffalo, avec son fringuant Mighty Joe Moon ; Roxy Music, avec nos deux petites chéries sur fond vert (vert paille, disons), et puis, et puis... quelques autres pochettes encore. Des disques des Pogues (forcément, des Irlandais), des Violent Femmes (Hallowed ground est un peu vert très sombre, non ? - sur l'image ci-dessous, ce n'est pas très flagrant, il faudrait que je vérifie sur la version vinyle rangée chez my (not atomic) mother)...





















Enfin bref, tout ça pour dire que, s'il est assez rare, le vert discographique n'est quand même pas totalement tricard. La preuve, en cherchant un peu, on arrive facilement, de tête, à retrouver quelques verts spécimens...

Malgré tout, une question reste posée, et dramatiquement sans réponse :

pourquoi diable l'album Green de REM est-il... orange ???









PS : très juste ajout de David dans le commentaire ci-dessous : les Trash Can Sinatras, yes ! Superbe disque vert en effet. Belle And Sebastian, itou. Et Echo !, yes, yes, absolutly. Echo and The Bunnymen me semble même, dans l'esprit, dans l'âme, un groupe assez vert (foncé), ou oscillant du vert bouteille au bleu nuit, deux couleurs qui ont marqué toute sa carrière, et ses pochettes.


10 commentaires:

  1. Ah! Emmanuel, le vert est-elle la couleur des courageux ? Suite à ton message, je ne peux m'empêcher de citer trois excellents disques "verts":

    1) Echo And The Bunnymen, Evergreen
    2) The Trash Can Sinatras, I've seen everything (disons que le mur vert, en faible proportion sur la pochette, prend plus de place à l'intérieur du livret, et c'est ce vert qui imprègne le disque - pour moi un des plus beaux du monde)
    3) And last but not least: Belle And Sebastian - The Boy With The Arab Strap : cent pour cent vert fluo: moins vert que le prochain 49 SP ?...

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  2. Comme je l'ai ajouté dans un ps ci-dessus : oui, très juste, tout ça, bien vu David !. Et non, notre pochette ne sera vraiment pas fluo. C'est un vert très élégant, en fait, mélangé à du noir, du gris (à nouveau une vieille gravure, comme pour le petit cheval de l'album un !)

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  3. et nick drake (5 leaves left) non ? mais je suis peut-être daltonien.

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  4. @ walpurgis
    Mais oui, of course ! Superbe vert, bien affirmé. Continuez, continuez. Comme je l'ai dit, ça n'avait vraiment (vertment ?) rien d'une liste exhaustive, juste les noms qui me sont venus en premier...
    D'ailleurs, c'est marrant, mais ce vert-là, pour ce disque-là (le Nick Drake), je trouve qu'il ne marche pas très bien. En ressortant le disque, j'ai été surpris de re-découvrir un vert aussi claquant...

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  5. continuons donc dans le même genre (du vert autour d'une image) : le house of love "papillon".

    au fait, je ne sais pas si vous avez vu mais je vous ai posé une question concernant l'oiseau (qui orne l'entrée "chaque song en son temps") ; ça m'intéresse vraiment de savoir d'où vous le sortez...

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  6. et n'oublions pas deux géants certifiés "vert" : les immenses "pet sounds" et "what's going on".

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  7. Wouah !!!! Pet Sounds. Alors là, c'est complètement dingo, et un superbe exemple de "représentation graphique mentale tronquée". Quand j'ai lu votre commentaires, et lu, accolés, les deux mots Pet et Sounds, j'ai tout de suite pensé jaune, brun, marron !! Puis bien sûr, j'ai sorti le disque, et sursauté : le large bandeau du haut est effectivement vert de chez vert... Etonnant... Jamais, celui-là, je ne l'aurais cité les yeux fermés.
    (ps : je file vous répondre pour l'oiseau).

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  8. d'ailleurs le suivant "smiley smile" est vert aussi.

    (ps : merci)

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  9. Une couleur (et de nouveaux titres) qui laissent espérer une bien belle réussite artistique: Soft Machine vol 1 and 2, English Settlements d'XTC, Pet Sounds, Forever Now des Psychedelic Furs ou It's a wonderful Life de Sparklehorse...on peut déjà dresser une belle liste de chefs d'oeuvre qui ne demande qu'à être enrichie !
    The Moles, Grizzly Bear, Echo and the Bunnymen ou Dexys Midnight Runners ont également en leur temps opté pour le vert !
    Méfiance tout de même, car malgré leurs qualités artistiques indéniables, ces albums ont rarement connu un large succès public.
    La faute à une couleur ? Peut être...mais pour en être sûr, encore faudrait-il demander à Simple Minds combien de Streetfighting Years ont été vendus !
    Je guetterai la présence du vert demain sur scène ! Que la force soit avec vous !

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  10. la pochette du prochain Grisbi est franchement, indéniablement et outrageusement verte. La campagne de Bréhémont aurait-elle une quelconque influence sur la race des elapiens?
    J'ai porté une robe verte lors de mon premier concert et je ne me suis pas effondrée sur scène victime d'une électrocution ou d'une prise de pieds fatale dans les câbles. A en croire les superstitieux avec leurs "mais tu savais pas pour Molière?", j'ai eu beaucoup de chance. Dieu merci, j'ai encore quelque espoir d'un avenir plus rose pour le vert.

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