mardi 21 septembre 2010

Mon ami David, du vin, et Syd Matters













Mon ami américain David est à la maison pour quelques jours. Vous ne le connaissez pas, vous manquez quelque chose. Il est, à sa façon (seul dans son genre, one-of-a-kind), quelque part entre Austin Powers - pour l'humour tangent - et une sorte de Jean-Pierre Marielle yankee - pour cette immense gentillesse jamais creuse.

Mon ami David est assez spécial. Il parle grec couramment. Il adore les magasins Gifi (je sais, c'est dingue). Il conduit extrêmement bien en marche arrière. Il prête des voitures de location à son fils de 13 ans qui s'empresse de les précipiter dans des murets qui passaient malencontreusement pas là. Il a importé en France le merveilleux TV-Be Gone™ (sans doute la plus grande invention humaine depuis la roue). Par ailleurs, il est marié à une femme formidable, Mary, qui ressemble beaucoup à Patti Smith mais en plus grand (et en plus sympa). Mary, qui fait un risotto proprement hors normes.

David ne bosse pas du tout dans le milieu de la musique (il fait du négoce de jouets entre son pays, l'Allemagne et le Japon - enfin, je crois). Mais du coup, j'aime bien parler musique avec lui. Lui faire découvrir des disques que les radios de son lointain et très moyen état d'Amérique (l'Utah - il vit à Salt Lake City) ne doivent sans doute pas beaucoup diffuser. On ne parle pas musique en spécialistes, juste en vieux copains qui aiment bien bosser dans la même pièce, ou lire chacun notre journal dans notre coin sans nous rendre compte que l'heure tourne, et que le disque est arrivé à sa fin (règle tacite : le premier qui se lève est invité à le remettre au début, et ainsi de suite).

Or ce soir, un peu plus tôt, on écoutait le nouveau Syd Matters. Et David aime le nouveau Syd Matters. Et j'aime le nouveau Syd Matters. Et j'aime le fait que David aime le nouveau Syd Matters. D'ailleurs, les américanophiles de Syd Matters, eux-même, aimeraient sans doute beaucoup David - et le fait que David aime Syd Matters, et le fait que j'aime que David aime Syd Matters. Life can be so simple sometimes.

La musique, c'est couillon, mais c'est ainsi : ça rapproche les David de tous les pays.

Tout à l'heure, David m'a dit : "dans la voix, dans les ambiances, ça me fait vraiment beaucoup penser à Midlake". Je lui ai répondu : "oui, moi aussi, beaucoup." D'ailleurs, tout le monde pense ça. Que Syd Matters est une sorte de Midlake de chez nous.

"Mais du coup", a ajouté David, "ce n'est pas tellement français, comme musique, si ?" Je lui ai répondu : "non, pas tellement français. But, hey, who cares ?".

"Yes, who cares ?", a t-il répondu. "It's good music, that all that matters...", avons-nous dit à peu près en même temps, en nous servant un deuxième de verre de ce Gigondas domaine Montirius qui va drôlement bien avec la musique pas tellement française de Syd Matters (qui passe quand même à la télé française).

S'en est suivi un bout de conversation (non achevée, toujours en cours) sur ces cultures d'aujourd'hui qui abolissent les frontières, ces porosités esthétiques, et cette liberté, cette grande et vaste et époustouflante liberté qui fait qu'un groupe d'ici, désormais, s'il a été nourri toute sa vie de sons anglais et américains, peut tout à fait tenter sa chance en utilisant les mêmes mots, les mêmes codes, les mêmes textures que ces chers cousins de Charleston, Portland, Oxford ou Liverpool. Je sais très bien où se trouve "Paris, New England" : j'y habite.

Donc on peut être français et jouer angléricain. Chose qui était loin d'être acquise quand Etienne, Pierre, Olivier et moi défendions cette idée-là circa 1991-94 avec notre groupe Chelsea : l'idée qu'on peut être français mais se sentir, musicalement, dans l'âme, profondément lié à la culture anglo-saxonne. Et donc faire des disques plus étrangers que français.

Je me rappelle d'ailleurs avoir écrit un article, un peu sur ce thème-là, dans Télérama, en 2005 - et justement, il y était question de Syd Matters (et aussi du grand Sébastien Schuller, qui lui vit en face, à Philadelphie). Vous devriez retrouver l'article par ici.

Aujourd'hui, en tout cas, cette question de la langue et des influences ne fait plus du tout débat et c'est réjouissant. Le statut de la liberté a traversé l'Atlantique.

La preuve, des Américains comme mon copain David boivent du Gigondas et emportent le dernier CD de Syd Matters avec eux dans leur valise jusqu'à Salt Lake City, et ainsi va le monde... Et à ce monde-là, David et moi levons notre verre ce soir.



Bonus >
Et pour finir, un petit jeu : saurez-vous reconnaître la VRAIE photo de mon ami David ? Faites vos réponses dans les commentaires : à gagner, possiblement, 8 jours dans l'Utah, ou plus probablement un apéro en terrasse, one day or another.

De haut en bas :
• David se disputant avec des mexicains à Tijuana en 1982.
• David partant chasser la bécasse grise de l'Utah du Sud, de bon matin, 1997.
• David et sa famille cherchant un magasin Gifi dans la banlieue de La Rochelle, 2004.
• David dans un hamman d'Istanbul, 2007 (ne riez pas, cet homme souffre).


























3 commentaires:

  1. Je pense que la vraie photo est la... première. Ce scénario de bagarre avec gants de boxe à Tijuana est totalement crédible !

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  2. ( plus sérieusement ) je partage votre point de vue sur Syd Matters, et on pourrait aussi m^ettre Coming Soon, Zak et quelques autres dans cette logique : c'est cool de constater que des Français assument totalement leur culture. Ça semble passé dans les moeurs depuis quelques temps et c'est une bonne chose. Et comme vous, j'aime beaucoup le nouveau Syd MAtters, même si je le trouve parfois un peu trop mélancolique. Stéphane.

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  3. Je viens de découvrir ce blog. Je m'abonne... Yann ex/still-Chelsea Fan ;-)

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