jeudi 21 juillet 2011

C'est Noël en juillet, et votre cadeau s'appelle TEAM ME (Norvège)















J’ai écrit, pour le Télérama de cette semaine, une page sur l’incroyable festival de Traena : l’un des plus petits au monde, et le plus au Nord assurément, puisqu’il a pour cadre une sublime île de Norvège posée sur le cercle polaire. J’aurais facilement pu écrire quatre pages enthousiastes à mon retour de ces trois journées ; auquel cas j’aurais avec plaisir pris le temps d’insister sur le talent éclatant d’un tout jeune groupe norvégien que j’ai eu la chance d’y voir en concert, TEAM ME.

Dans le grand village global pop-rock, il est devenu de plus en plus rare de se sentir le témoin privilégié d’une éclosion : depuis l’avènement d’Internet comme média musical dominant, les groupes sortent à peine de l’œuf qu’ils sont déjà bons pour le service planétaire. Si un site comme Pitchfork vous tombe dessus (heureux destin, évidemment, qu’aucun groupe ne refuserait), vous pouvez très vite vous retrouver l’objet de ricochets médiatiques hallucinants, et vous retrouvez à la Une de sites ou dans les pages de magazines avant même d’avoir terminé votre premier album. TEAM ME va-t-il connaître pareil enchaînement de ricochets ? C’est possible. Probable même. Raison pour laquelle il était vraiment très plaisant de partager un morceau de nuit polaire avec eux, en ce mois de juillet 2011, à Traena. Avec le sentiment troublant d’entrer pour quelques heures dans leur petit monde de mélodies grandioses et de joie enfantine non retenue, non feinte.

TEAM ME n’a pour l’heure sorti qu’un EP de 5 titres. Une petite chose superbe, saisissante de maturité (dans la production du son, les parti-pris instrumentaux) et de candeur mélangées. Les voix mêlées (un garçon, une fille), les chœurs à gorge déployée dans les refrains, les mélodies aussi joyeusement et entièrement pop que possible, tout cela bâtit un corpus esthétique très solaire et très sonore, qui aurait pu faire mal aux yeux et aux oreilles si, du haut de leurs 25 printemps, ces six musiciens n’avaient eu la sagesse de s’en remettre à un producteur aîné qui a su faire le tri, a su les pousser à des choix et des traitements de sons courageux.

Sur ces cinq chansons très riches, il y a beaucoup de voix, beaucoup beaucoup d’instruments (tout y passe, des cordes aux carillons), mais pourtant le son d’ensemble, d’une éloquence rare, garde une impeccable cohérence. Leur apport à tous - instruments, voix, producteur - est si cohérent que j’en arrive à ce constat qui m’étonne moi-même : je ne crois pas avoir jamais entendu de EP auto-produit (ou produit, comme ici, par un petit label) aussi PARFAIT dans sa présentation.

En comparaison, I’m From Barcelona fait carrément de la peine (manque de souffle évident par rapport à Team Me, manque de beauté dans les instrumentations), et à l’autre bout de l’échiquier sonore, les Américains de Polyphonic Spree, souvent tellement exubérants, devraient aussi se pencher sur ce disque, véritable leçon d’équilibre - ou comment « en faire beaucoup sans jamais en faire trop ». D’autres références qui viennent à l’esprit : les Popguns (si cela vous parle) pour la concision mélodique, certains titres de Cardinal pour les harmonies, ou carrément Arcade Fire pour le souffle de certaines parties instrumentales.

Puisqu’il vous faut ce disque, voici le site du groupe, http://teamme.no/, et en quelques clics, vous trouverez le contact pour le commander. Le groupe y a aussi déposé quelques vidéos, et je suis sûr que vous allez aimer.











Et pour en savoir bientôt plus sur TEAM ME, vous ne manquerez évidemment pas de regarder, sous peu, le Concert A Emporter tourné sur place, à Traena, par les valeureux émissaires de la Blogothèque (j'en ai profité pour prendre ces photos). Un moment vraiment génial, sous le soleil de minuit, dans la lande servant de nid cotonneux aux campeurs festivaliers. Là, en version extrêmement light, TEAM ME brillait autant qu’en version amplifiée, deux heures plus tôt, sur la scène du festival.

Ces jeunes gens enregistrent actuellement leur premier album, à Oslo. Ils n’ont encore jamais joué en France (et seulement deux fois en Angleterre, où une nouvelle tournée s'annonce), mais je ne manquerai pas de vous alerter dès qu’un voyage dans le grand Sud de ce déjà-grand groupe du Nord commencera à prendre forme. D’ici là, procurez-vous ces cinq chansons au plus vite, and just enjoy.